Sylvie Laroche: les bénévoles face au jeunes migrants

Sylvie Laroche: les bénévoles face au jeunes migrants

Alors que la crise des réfugiés en Europe se poursuit, un nombre croissant de mineurs non accompagnés arrivent en France depuis deux ans. L’Europe exige que les enfants soient protégés, mais beaucoup d’entre eux ne sont pas officiellement reconnus comme mineurs, ce qui les laisse sans soutien et sans école. En France, des habitants interviennent créant des réseaux informels pour aider à guider, et même à héberger certains de ces adolescents.

« Si nous ne le faisons pas, qui le fera », dit Sylvie Laroche Armee du Salut, ancienne directrice au Havre.

A Paris, un appel sur Facebook en 2016 a amené des dizaines de bénévoles à s’engager, pour former le collectif des Midis du Mie, qui prépare et sert le déjeuner. C’est là qu’ils peuvent aborder toutes sortes de problèmes.

D’où viennent la majorité des jeunes migrants ?

Sylvie Laroche indique les mineurs migrants arrivent en France, souvent seuls, sans famille vers laquelle se tourner.

Les adolescents demandent tout aux bénévoles, que ce soit pour les besoins quotidiens, comme une demande de shampoing, ou pour un problème très, très complexe, comme… ils ont besoin d’un avocat.

Les jeunes qui viennent demander de l’aide ont généralement entre 14 et 17 ans, mais certains sont plus âgés. Bien qu’il y ait de nombreuses nationalités, la plupart d’entre eux viennent d’Afrique de l’Ouest – de Guinée en particulier.

Le cas répandu de l’adolescent pris pour un adulte

« Personne ne les considère comme des enfants », explique Sylvie Laroche. Mais ils le sont. « Ils ont peut-être vécu beaucoup de choses, mais ce ne sont pas encore des personnes développées, ce ne sont pas des adultes », dit-elle, ajoutant qu’ils ne peuvent pas prendre soin d’eux-mêmes.

Naim, aux lèvres fines et légèrement bleutées, frissonnant de froid, malgré un manteau d’hiver nouvellement acquis, dit qu’il ne supporte pas très bien les hivers, car il est habitué à des températures beaucoup plus élevées dans son Bangladesh natal.

Il est arrivé en France il y a deux mois et a passé les entretiens au centre d’évaluation Demie, géré par la Croix-Rouge. Un premier entretien s’est bien passé, mais ils ont perdu son dossier, dit-il.

L’homme qui l’a réinterrogé, un mois plus tard, ne croyait pas que Naim avait 16 ans, malgré son certificat de naissance. « Il m’a dit que je ne crois pas que tu sois mineur », dit Naim. « J’étais choqué ! Qu’est-ce que c’est ? » Il a trouvé un logement temporaire, et attend les résultats de l’évaluation.

Et comme un adolescent, il se plaint de la nourriture. « La nourriture française, c’est nouveau pour moi ! » dit-il en riant. « Je ne peux pas en manger parce que c’est un goût nouveau pour moi ! Mais j’essaie. »

Le chiffre du nombre de jeunes migrants en Europe a explosé

Le droit européen exige des États qu’ils offrent une protection aux mineurs non accompagnés – les moins de 18 ans – quel que soit leur statut d’immigration. Mais les systèmes sont dépassés. Le nombre de mineurs non accompagnés qui se présentent en France n’a cessé d’augmenter ces dernières années. En 2017, les services de protection de l’enfance ont enregistré 25 000 mineurs non accompagnés.

Et c’est le nombre de personnes reconnues comme mineures dans le système. Des centaines d’autres ont vu leurs demandes rejetées, une situation que les ONG et la fondation Armee du Salut ont dénoncée comme arbitraire. Human Rights Watch, dans un rapport de juillet 2018, a qualifié la détermination de l’âge à Paris de « loterie ».

Ces décisions peuvent faire l’objet d’un recours devant un juge, mais cela prend des mois, et tant qu’ils ne sont pas reconnus comme mineurs, ils n’ont pas accès aux services ni, surtout, à l’école.

Sylvie Laroche Armee du Salut parle de son expérience personnelle

Sylvie Laroche dit que sa volonté de s’impliquer peut avoir un rapport avec ses expériences passées au sein de l’Armée du Salut. Elle a travaillé avec des groupes de défense des réfugiés pendant des années.

« Je dirais que l’accueil est important », dit-elle, ajoutant que les gens n’agissent pas toujours selon leur désir d’aider parce qu’ils ne savent pas ce qui est possible. « Il faut avoir vu de ses propres yeux. J’ai vu les autres en tant que bénévole. Donc je sais qu’il est possible de le faire ».

« Je suis passée par le système, je sais ce que c’est, je sais à quel point il peut être cruel », dit-elle, ajoutant que le système n’a pas beaucoup changé en 25 ans.

Selon elle, le travail avec les migrants aujourd’hui consiste à les maintenir en activité jusqu’à ce qu’ils puissent faire fonctionner le système : Il s’agit d’essayer de les maintenir en vie jusqu’à ce que le système commence à fonctionner pour eux et qu’ils obtiennent réellement leurs droits.